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L’origine des symboles de Noël

16 novembre 2010

Noël (fête de Jul), est un mot qui résonne haut et fort en Alsace et en Allemagne et inspire instantanément un sentiment de joie en rappelant à chacun son enfance, d’agréables souvenirs, une ambiance joyeuse dans le foyer, des senteurs, le feu qui crépite dans la cheminée, les odeurs alléchantes des mets confectionnés avec ferveur en cuisine et la maison qui se pare de son sapin et de ses lumières.

Les parents et la famille préparent dans le plus grand secret les cadeaux, que les enfants excités et le visage joyeux attendent avec impatience, et qu’ils découvriront, après les chants, les contes et les agapes nocturnes, au petit matin blanc dans leurs petits souliers.

Mais avant tout, Noël est la fête du foyer. L’influence de cette période de l’année est évidente : quand il fait froid, les hommes se rassemblent et se resserrent autour du feu et c’est le moment propice où les familles, les clans, font retour sur eux-mêmes. La nature reprend son souffle, tous les processus naturels de vie fonctionnent au ralenti, toute chose s’arrête et semble se recueillir. Pour aider le soleil à revenir, à triompher de l’hiver (sol invictus), les hommes allument des feux et décorent leurs foyers d’arbres et de feuillages toujours verts (couleur de l’espérance) à l’image de ce qui ne meurt jamais.

Oublions donc le petit Jésus et sa crèche : Noël est une fête païenne par excellence ! D’ailleurs, les historiens s’accordent à reconnaître que, bien avant l’époque romaine, on fêtait en Europe, à la fin du mois de décembre, la renaissance tant attendue de la nature et l’espérance de vie nouvelle lors du solstice d’hiver. La fête de Noël n’est apparue chez les chrétiens qu’à partir du IIème siècle  :  la date du 25 décembre fut fixée vers l’année 300 par Rome afin de christianiser les rites issus de la culture populaire. Ainsi, était-il plus facile de convertir la population au christianisme en se fondant sur les traditions profanes.

Même le sapin, la bûche, les décorations, la gastronomie, la couronne … sont les vestiges de rites et de traditions héritées des celtes, des gaulois ou des peuples du Nord : l’hommage des Hommes au soleil enfoui dans les plus profondes nuits d’hiver qui s’apprête à renaître et dont sa lumière apportera la vie, la promesse de la continuité, du renouveau.

 Certains étymologistes affirment que l’origine du mot « Noël »  mot pourrait venir du latin natalis dies, qui signifie « jour de naissance », d’autres prétendent que son origine est gauloise ; le terme « Noël » aurait pour étymologie deux mots gaulois noio (nouveau) et hel (soleil).

Nous vous invitons à entrer dans cette  thématique enchantée des traditions du solstice d’hiver afin de ne pas oublier que Noël, ce n’est pas que mettre les pieds sous la table.

L’avent

Le mot « avent », attesté dès le XIIème siècle, signifie « arrivée » et est employé chez les chrétiens pour désigner la nativité du Christ parmi les hommes. Mais, en raison de sa résonance catho, nous lui préférerons le terme « d’avant Noël ». Bien entendu, l’église catholique a repris à son compte toute cette période en y fixant la naissance de Jésus et toute la ménagerie qui va avec afin d’écarter, avec hostilité, les vrais festivités indo-européennes.

L’avant Noël correspond aux quatre semaines incluant les quatre dimanches précédant la veille de Noël. Déjà aux époques païennes, des réjouissances étaient organisées : elles manifestaient la volonté des hommes de conjurer la peur de rentrer le soir dans leur maison plongée dans la nuit et le froid. Sans conteste l’avant Noël symbolise la lumière, la lumière qui chasse l’obscurité mais qui  représente aussi l’espoir et la lutte contre le mal, transformant les tristes journées froides et grises en instants féeriques et pleins d’espoirs dans l’attente du soleil retrouvé.

Dans le folklore européen, l’avent correspond à la fin de l’automne, marquée, début novembre, par la traditionnelle fête des morts (Samain). C’est l’époque où, il y a bien longtemps dans les campagnes allemandes et dans l’est de la France, on déclarait volontiers que le dieu Odin / Wotan, monté sur son cheval Sleipnir, passait dans les airs au soir tombant, entraînant derrière lui la troupe bruyante de la chasse sauvage. Ce thème de la chasse sauvage représente l’une des survivances païennes restée la plus longtemps vivace dans le monde rural.

Dès l’avant Noël, la maison se pare de « la couronne de bienvenue » (origine Anglo-saxonne) que l’on accroche sur la porte pour dire au monde que le soleil est accroché à notre demeure et que nos proches sont les bienvenus chez nous. Elle se doit d’être verte, signe de vie et de persistance, additionnée de paille tressée, de fleurs séchées, de baies rouges etc.

 La couronne de l’avent

Venue des pays scandinaves, la couronne d’avent tend de plus en plus à se répandre.

Quatre semaines avant Noël, on la façonne avec des branches de sapin disposées sur un paillon et piquées de quatre grosses bougies rouges symbolisant les quatre saisons. Les branches sont également entourées de croisillons de rubans rouges. L’’ensemble, suspendu au plafond, symbolise la roue solaire, à défaut la couronne de l’avent peut également être disposée sur la table où se déroulera le repas. Une bougie est allumée quelques instants la première semaine, deux bougies sont allumées la semaine suivante et trois la troisième semaine. Quand arrive le 24 décembre on allume les quatre bougies ensemble. Passé le temps des fêtes, la couronne est brûlée : seul le feu, dit-on, doit détruire le feuillage toujours vert.

 Le calendrier de l’avent

Est né de l’imagination d’un père de famille allemande voulant canaliser l’impatience de ses enfants. Il découpa des images pieuses qu’il leurs remit chaque matin pendant les 24 jours précédant  Noël , bienheureux l’enfant qui y trouve du chocolat ou des petits cadeaux à la place d’images de personnages agenouillés.

 La tour de Jul

Est un chandelier de terre cuite, objet du moyen âge, dont le modèle original a été découvert au siècle dernier dans la province suédoise de Halland. De base carrée, il comporte quatre faces : chacune d’elles est décorée d’un cœur ajouré, surmontant une croix a six branches représentant la rune hagal qui exprime la double notion de cycle et de tonalité, l’indissoluble réunion de la vie et de la mort. Selon la tradition, au début de la soirée du solstice d’hiver ou de Noël, on allume une première bougie, placée au sommet du chandelier. Cette flamme est l’image vivante et dansante de l’année, du cycle qui s’achève. A minuit, on retire cette bougie sans l’éteindre, et l’on s’en sert pour allumer une autre bougie placée en dessous. Cette dernière représente le cycle qui commence, situé au cœur même de celui qui vient de s’achever. Le chandelier est donc riche de symboles : le cycle du temps, l’espoir en une renaissance, il est l’image du soleil qui ne meurt pas, il évoque la grande roue des saisons et avec lui, se fête la vie immuable dans sa perpétuelle transformation.

La bûche de Noël

Un autre élément  important de la décoration du foyer est la bûche de Noël, à condition bien évidemment d’avoir une cheminée ou un poêle à bois ! Transformée  le plus souvent aujourd’hui en pâtisserie, il s’agissait à l’origine d’une véritable bûche, que l’on faisait brûler de façon symbolique et qui se rattache directement à l’ancien culte hivernal du soleil et du feu.

Nommé Holtzklotz en Alsace et en général en bois de chêne (symbole de durée et de fidélité), elle est décorée de feuillages et de rubans, parfois gravée de runes, de souhaits, de devises, et se consume le soir du 24 décembre non sans avoir été arrosée d’eau de vie ou de vin.

Un peu partout, les tisons de la bûche sont réputés porter bonheur : on les conserve au foyer d’une année à l’autre, parfois pour allumer la bûche de l’année suivante.

  L’arbre de Noël

Entre 2000 et 1200 avant JC, on parlait déjà d’un arbre (l’épicéa, arbre de l’enfantement)  le jour du 24 décembre, puisqu’on considérait ce jour comme la renaissance du soleil. Les celtes avaient adopté un calendrier basé sur les cycles lunaires : à chaque mois était associé un arbre, l’épicéa fut celui de décembre. Pour le rite païen du solstice d’hiver, un arbre symbole de vie était décoré avec des fruits, des fleurs et du blé. C’est en 1521 en Alsace, exactement à Sélestat, que l’arbre de Noël est mentionné pour la première fois par un édit municipal autorisant les gardes forestiers à laisser couper de petits sapins en vue de la fête de Noël.

Son symbolisme est clair, il représente tout ce qui ne meurt pas, ses feuilles (épines) ne tombent jamais, il est insensible à la froidure de l’hiver, il reste toujours vert au fil des mois, portant témoignage de par sa présence, d’une vie qui se poursuit en secret et qui, dans les beaux jours, à nouveau s’épanouira.

Jusque dans les années 50, c’est l’Allemagne et les pays d’Europe de l’Est qui restent le cœur de production des ornements d’art : les décorations étaient faites par des artisans qui travaillaient le verre soufflé, le métal, la cire, le bois et aussi le coton.

Traditionnellement, on accrochait des pommes au sapin (symbole païen de la jouvence et de l’immortalité) mais en 1858, l’hiver fut si rigoureux qu’il n’y eut plus de pommes. Un artisan verrier eut l’idée,  pour donner un peu de joie à la fête, de créer des boules représentant des pommes et d’autres fruits et c’est ainsi qu’est née la boule de Noël. Dans la grande tradition, point de guirlandes lumineuses, on le charge de 12  bougies pour représenter les 12 mois de l’année, d’objets en bois, de chocolats, d’oranges, de roues solaires, de signes runiques, de pommes de pins et de figurines de pailles.

L’arbre de Noël serait ainsi la figuration de l’arbre du monde (le frêne Yggdrasil) des anciens germains, symbole de régénération perpétuelle, symbole de l’éternité de la vie et de la continuité des lignées.

 La gastronomie

Toute fête s’accompagne d’un festin, et Noël est précisément une fête où l’on consomme de la nourriture en abondance à une époque où semblent régner le froid, la glace et la désolation. On a du mal à imaginer aujourd’hui que jadis, dans beaucoup de fermes, on servait le plat traditionnel de solstice qui était la bouillie de millet dont une part était réservé aux défunts de la famille. Depuis, nous vivons dans le matérialisme et le doux confort et nous mangeons donc à profusion oie, dinde, chapon,  huîtres, foie gras (désolé Brigitte), porc, poissons, pâtisseries, etc. Il y a en effet une multitude de traditions culinaires pour chaque région, chaque pays… de quoi combler et rassasier les estomacs les plus difficiles !

Les anciennes croyances affirment que le cochon est par excellence l’animal que l’on doit consommer lors des fêtes de Noël, et qu’il est, en outre, symbole de fécondité et de bonheur.

Jusqu’à une date récente, la viande de porc constituait un peu partout en Europe le plat de résistance du 24 décembre, les raisons étaient d’ordre utilitaire et énergétique, rien ne se perd : dans le cochon et tout est bon…

Nous noterons également que beaucoup de petits gâteaux de Noël par leurs formes (bretzels, cœurs entrelacés, roue solaire etc) sont des emblèmes, le reflet d’antiques croyances que l’on retrouve fréquemment dans l’art populaire et qui obéissent à des habitudes immémoriales, recettes transmises de génération en génération pour notre plus grand bonheur.

Les repas de Noël sont traditionnellement très arrosés, liqueurs fortes, champagnes, et grands crus sont les bienvenus. Nous trouvons également les bières de Noël, brassées spécialement à l’occasion des fêtes de Jul ou encore les vins chauds et sucrés que l’on retrouve sur les marchés de Noël alsaciens. 

Saint Nicolas et le Père Noël

En Europe, une tradition païenne voulait que pour exorciser la peur de l’obscurité, les jeunes hommes se grimaient et allaient de maisons en maisons pour quémander des offrandes (tiens tiens… l’ancêtre d’halloween ?)

Au Moyen Age, l’église a décidé de remplacer les figures païennes par des saints et l’histoire dit que Saint Nicolas est inspiré de Nicolas de Myre dénommé Nicolas de Bari. Il est né à Patara en Asie Mineure entre 250 et 270 après JC et vécu au IVème siècle au sud de la Turquie. Il est mort un 6 décembre. Sa vie et ses actes étaient entourés de légendes qui reflétaient sa personnalité généreuse et il est l’un des saints les plus représentés dans l’iconographie  religieuse (tableaux, vitraux etc.…)

Au XIème siècle, sa dépouille sera dérobée par des marchands italiens et ramenée à Bari où la relique produirait, dit-on, des miracles. Selon la légende, il aurait ressuscité trois enfants trucidés par un boucher et serait devenu ainsi le saint  protecteur des tout petits.

De ce fait, le 6 décembre, principalement dans les pays d’Europe du Nord et de L’Est, la coutume veut qu’un personnage habillé d’une mitre et d’une cape et portant une grande barbe va, de maison en maison, avec son âne et sa crosse, pour offrir des cadeaux aux enfants sages.

C’est à partir du XVIème siècle que le personnage du père fouettard  apparaîtra pour punir les enfants désobéissants et disparaîtra lors du passage au mythe de Santa Claus.

Saint Nicolas a été importé aux Etats unis au XVIIème siècle par des immigrés hollandais qui fondèrent la Nouvelle Amsterdam (qui deviendra New York quand elle sera prise par les anglais.) Après la guerre d’Indépendance, les habitants se souviendront de leurs racines et Santa Claus reviendra par la littérature et les illustrations : il s’agit d’un vieillard portant une barbe blanche et un manteau à capuchon et qui récompense les enfants sages et punit les dissipés.

En 1822, un pasteur américain publie un poème intitulé  « A Visit from Saint Nicolas » dans lequel il présente Saint Nicolas comme un lutin sympathique, dodu et souriant qui distribue des cadeaux dans les maisons et se déplace sur un traîneau volant tiré par huit rennes. C’est ce poème qui va jouer un rôle déterminant dans l’élaboration du mythe car il fut repris l’année suivante par plusieurs quotidiens et traduit en plusieurs langues dans le monde entier.

C’est vers 1850 que le passage de la célébration de St Nicolas à celle de Noël se fixe au royaume uni, en lien avec Charles Dickens et ses livres de Noël (nouveau film pour Noël 2009), et c’est à partir de 1860 que Thomas Nast, illustrateur et caricaturiste du journal  new yorkais Harper’s Illstrated Weekly va, par centaines de dessins, donner l’apparence du Père Noël que l’on connaît aujourd’hui (costume rouge, garni de fourrure blanche, ceinturon) et fixer sa résidence en 1885 au Pôle Nord.

L’idée selon laquelle Coca Cola aurait dessiné le père Noël en 1931 est une légende urbaine. De nombreuses firmes comme Michelin avaient en effet déjà utilisé son image mais il est toutefois indéniable que Coca Cola  a largement contribué à la popularisation de son image et surtout incité les consommateurs à boire ce breuvage même en plein hiver…  

Le gui

En dehors de l’arbre de Noël, d’autres espèces végétales sont à l’honneur en fin d’année, tel le gui. La coutume veut que l’on suspende chez soi, pour le jour de l’an, une boule de gui sous laquelle on échange les voeux, habitude traditionnelle considérée comme une façon de souhaiter du bonheur toute l’année.

Le gui, spécialement celui qui pousse sur le chêne (donc rare), jouait un rôle important aux temps des celtes. Les druides le nommaient « celui qui guérit  tout » et lui attribuaient des vertus thérapeutiques, notamment comme contrepoison. Le gui assurait également la fertilité des femmes et protégeait les hommes contre la sorcellerie. Les druides croyaient que cette plante était semée sur le chêne par une main divine et voyaient dans l’union entre l’arbre sacré et ces rameaux toujours verts un symbole d’immortalité.

L’expression «  au gui l’an neuf » est une déformation phonétique d’un terme celtique attesté, par lequel les druides qui allaient couper le gui s’exclamaient « o ghel an heu», expression qui signifie littéralement « que le blé germe ».

Par ailleurs, lorsque des ennemis se rencontraient sous une branche de gui, ils devaient déposer les armes et observer une trêve jusqu’au lendemain et c’est de là que viendrait la coutume de suspendre le gui et d’y échanger un baiser en signe d’amitié et de bienveillance (cette histoire ne nous semble toutefois pas très convaincante.)

Le gui a un concurrent redoutable qu’on associe de plus en plus à Noël : le houx, aimable arbrisseau dont les feuilles, d’un vert sombre, sont lisses et vernissées et les baies sont d’un rouge vif ce qui fait un très joli contraste avec le pâle feuillage et les baies laiteuses du gui. C’est certainement cette opposition qui a déterminé sa vogue et en a fait un élément important de décoration dans les chaumières, il n’a pas de vertu particulière, hormis d’être distillé en liqueur en Alsace ! 

Nous voilà arrivés au terme de cette thématique brièvement résumée car il y a tellement de légendes, de coutumes, de versions données pour chaque région, chaque pays, que cela pourrait faire l’objet d’un livre bien épais. Pour ceux que ça intéresse, nous vous conseillons de lire «  Fêter Noël » et «Les Traditions d’Europe »  d’Alain de Benoist,  « Les Solstices » de Pierre Vial où nous avons puisé nos sources et , pour les touts petits, les contes de Charles Dickens, Andersen et Grimm.

 

  

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