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Cybermenaces… ou cybermenacés ?

14 juin 2014

Finis les livres dangereux, finies les radios pirates, maintenant nous sommes à l’ère du risque numérique : permis Internet, encadrement des réseaux sociaux, nouvelles lois contre les « cybermenaces »,… VALLS veut un flicage intégral du net.

 

En janvier dernier, pour sa sixième édition, le Forum International de la Cyber-sécurité (FIC), organisé à LILLE par la Gendarmerie Nationale, a été inauguré par le ministre de l’Intérieur Manuel VALLS. Dans son discours, le ministre a brièvement rappelé que l’Etat était là pour « protéger » la liberté d’expression sur Internet, puis il a longuement expliqué comment il allait la réduire. Revenant sur l’un de ses sujets de prédilection depuis des semaines, il a explicitement mentionné l’affaire DIEUDONNE, pour réaffirmer son « refus de la banalisation des discours de haine », et sa volonté d’intensifier la lutte contre la diffusion de messages racistes et antisémites. Devant une audience composée en bonne partie de gendarmes, il a rappelé le travail effectué par les autorités françaises en direction des réseaux sociaux, en prenant l’exemple de Twitter: « Grâce à la concertation conduite avec cet opérateur, des engagements de sa part ont pu être obtenus, concernant la suppression des contenus illicites. Twitter a mis en place des techniques permettant de restreindre l’affichage de contenus prohibés dans les seuls pays où ils sont illicites – je pense aux contenus xénophobes et discriminatoires, illicites en France, mais pas aux Etats-Unis. »

Le ministre de l’Intérieur a ajouté que Twitter avait accepté de collaborer (le mot est lâché…) activement avec les autorités françaises en matière de surveillance : « Twitter s’engage à procéder au gel des données d’enquête sur simple courriel, sans aviser les utilisateurs si les enquêteurs demandent expressément à ce que ces mesures restent confidentielles. » Quand cet accord sera définitivement mis en pratique, il s’agira d’une avancée importante pour la police française. En effet, aux Etats-Unis, Twitter s’est déjà battu contre ce type d’injonctions, avec succès. Après un long combat judiciaire dans le cadre de l’affaire WikiLeaks, Twitter a obtenu le droit de prévenir ses utilisateurs quand le FBI saisit leurs données personnelles, même si les policiers auraient préféré que la saisie reste secrète. Une fois prévenu, l’internaute visé peut ainsi préparer sa défense plus efficacement.

En outre, Manuel VALLS a précisé que la police française allait pouvoir obtenir ces données personnelles très facilement, « sur simple réquisition, pour les affaires d’une particulière gravité, qualifiées de « serious crime » » (en anglais dans le discours). Il a également annoncé que Twitter acceptait d’exercer directement une forme de censure partielle : « le déréférencement des hashtags à succès, mais illicites, quand ils apparaissent dans les « Tendances » de sa page d’accueil – l’objectif étant de « limiter leur résonance. De telles mesures ont déjà été prises à la demande des autorités ou d’associations françaises telles que SOS Homophobie. »

Mais Twitter n’est pas le seul à être dans le collimateur. La France est le cinquième pays au monde qui interroge le plus Facebook, en ayant fait parvenir 1.661 demandes d’informations à Facebook, concernant 1.845 comptes d’utilisateurs au 2ème semestre 2013 ! Un tiers des requêtes sont satisfaites rapidement. Pour les deux autres tiers, Facebook se fait prier et prône une certaine liberté d’expression. Attitude qui sera bientôt dévolue.

Par ailleurs, Facebook indique avoir bloqué en France l’accès à 80 contenus susceptibles de violer les lois françaises interdisant la négation de l’Holocauste. Il s’agit à peu près des mêmes contenus que ceux bloqués pour les mêmes raisons en Allemagne (84 contenus) et en Autriche (78 contenus). Seulement douze pays dans le monde ont imposé le blocage de certains contenus qui ne violaient pas, par ailleurs, les conditions d’utilisation de Facebook et qui sont donc restés en ligne pour les autres pays.

Enfin, Manuel VALLS évoquait sans plus de détails, l’extension du champ de l’infiltration numérique, de la captation des données, arguant vouloir protéger la vie privée et la liberté d’expression en organisant les conditions juridiques de leur limitation… Bienvenu au pays des Droits de l’Homme….

Il a également fait savoir que le « formulaire de signalement public », permettant à n’importe qui de dénoncer un contenu considéré comme indésirable, serait rendu plus facile d’accès.

Avec le PS au pouvoir, nous voilà revenu aux heures les plus sombres de l’Histoire françaises : celles de la délation et de la collaboration….

Cybermenace 002L’affaire DIEUDONNE, ainsi que les manifestations contre le mariage pour tous, auront au moins eu un mérite : montrer les véritables intentions de Manuel VALLS en matière de libertés publiques. Après avoir restauré la censure d’État et réduit la liberté de parole humoristique, il s’attaque maintenant à la liberté d’expression sur Internet.

Certes nous savons que la situation sociale en France se dégrade : crise économique, autisme du gouvernement, forte contestation sociale et démocratique contre les grands projets inutiles, forte méfiance des français en général à l’encontre d’un gouvernement qui se dirige à l’aveuglette et rampe devant les lobbys. Nous savons également que le gouvernement commence à avoir, grossièrement parlant, « les boules ». Aussi, ce coquin de VALLS a compris que le formatage des consciences, pour être efficace, doit être mis en œuvre le plus tôt possible. Les élèves de fin de primaire auront donc droit à un programme de « sensibilisation » sur les dangers d’Internet, initié par la Gendarmerie Nationale et Axa Prévention. Et avis à ceux qui décident de passer outre les barrières de la censure (comme si la profusion des lois anti-cybercriminalité votées depuis 10 ans ne suffisaient pas), le Ministre a annoncé la création, d’ici à quelques mois, d’un « arsenal juridique complet et solide » fortement dissuasif.

Pas de liberté pour les ennemis de la liberté….

Depuis décembre 2013, les gendarmes des 38 Brigades de Prévention de la Délinquance Juvénile (BPDJ) se déplacent dans les écoles pour lancer l’opération. Ces gendarmes, experts de la prévention en milieu scolaire, dispensent une sensibilisation en préambule de la formation. Ils remettent ensuite aux enseignants le kit pédagogique complet pour qu’ils prennent le relais de la formation.

A l’issue de ces sessions, le Permis Internet est remis à chaque enfant afin de marquer son engagement solennel à être un internaute responsable, en présence du Maire, des gendarmes, des enseignants, des représentants d’AXA Prévention et des parents : une chaîne unie pour accompagner les enfants dans un usage sûr et responsable d’Internet.

Reste à définir ce qu’ils entendent par « sûr et responsable »… Infantilisation d’un côté, politique du bâton de l’autre. Manuels VALLS a demandé à ses services (DGGN, DGPN) de lui proposer dans les prochains mois « une stratégie de lutte contre les cyber-menaces, ainsi qu’un plan d’action », le pire reste donc à venir, nous ne cessons de le dire !

« Seule une démarche globale peut nous permettre de prendre la mesure d’une menace globale », a considéré Manuel VALLS. « Cela passe par une démarche décloisonnée entre les différentes matières et les services ». Le message est clair : Internet ne doit pas échapper à la surveillance de l’Etat et doit être régulé. Comme nous l’avons vu, c’est déjà le cas pour Twitter et Facebook, et Christophe BARBIER[1] de rajouter : « les Chinois y arrivent bien »… Voilà donc le grand modèle de démocratie qui nous attend…..

Récemment encore, au cours d’un entretien avec Libération, VALLS fut interrogé sur les moyens de contrer « les candidats au jihad qui baignent dans la culture Internet ». La réponse fut la suivante : si le réseau « est devenu un vecteur de propagande, de radicalisation et de recrutement pour le terrorisme d’inspiration jihadiste mais aussi pour l’extrême droite », il s’avère également être « un lieu d’échange pour les terroristes ».

Néanmoins, se voulant rassurant, il ajouta : « Internet fait l’objet d’une veille très active de la part de nos services qui aboutit à des poursuites judiciaires à l’encontre des administrateurs des sites concernés ».

 

En dernier lieu, un rappel sur le bon usage de Facebook s’impose. C’est à ce jour le réseau social le plus en vogue. Le mieux est de ne pas avoir de compte. Quant à ceux qui ne peuvent s’en passer, tâchez d’être discrets ; pour vous en priorité, pour votre avenir, mais aussi pour bloquer toute action de l’état à votre encontre et à l’encontre de votre clan. Vous payez des impôts ? Alors ne soyez pas idiots, ne mâchez pas le travail de la DCRI !

Sachez que des milliers de comptes Facebook sont visités plusieurs fois depuis des adresses parisiennes qui correspondent, entre autres, aux sièges de casernes de CRS ou d’antennes de la DCRI. Les services d’investigation et de renseignement se sont en effet rendus compte de l’importance des réseaux sociaux et de la « lutte 2.0 ». Seulement, ils n’ont pas prévu quelque-choses : Facebook permet de tracer ses connexions !

Les visites suspectes ont eu lieu à partir de LEVALLOIS (siège de la DCRI), ARGENTEUIL, ARCUEIL, VELIZY-VILLACOUBLAY (direction zonale des CRS de PARIS), NEUILLY-PLAISANCE, ROSNY-SOUS-BOIS (Centre National de Formation aux Systèmes d’Information et de Communication basé au Fort de ROSNY, etc…).

Pour savoir si vous êtes espionné, c’est tout simple :

  1. Ouvrez Facebook ;
  2. En haut à droite, sur la barre bleue, cliquez sur le petit cadenas ;
  3. Dans le menu déroulant, cliquez sur « afficher plus de paramètres » ;
  4. A gauche, cliquez sur le petit bouclier à coté de Sécurité ;
  5. Dans le choix de menus, cliquez sur « Modifier » dans la rubrique « Où vous êtes connecté(e) ».

Cybermenace 001

Facebook affiche alors les lieux des dernières connexions (en fait l’antenne la plus proche du lieu où vous vous connectez) ainsi que les périphériques avec lesquels vous vous connectez. Si le lieu de la connexion – ou l’appareil utilisé – vous paraît incongru, ou que vous ne vous souvenez pas de vous être connecté ce jour-là, arrêtez la connexion et changez de mot de passe. Idéalement, abandonnez ce compte à tout jamais pour un autre plus sécurisé.

 

Dans tous les cas, n’oubliez jamais que dès que vous êtes sur la toile…………..big brother is watching you….

 

[1]  Journaleux politique, véritable shabbat goy, passé par Le Point (1990) et Europe 1 (1995), il devient chef du service politique de L’Express en 1996, puis directeur adjoint de la rédaction en 2001. En août 2006 il devient directeur de la rédaction de L’Express. Le 18 octobre 2008, à PARIS, il épouse Yamini KUMAR-COHEN, directrice de la communication d’Hermès.

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